Recueil de textes courts, réflexions, notes jetées ça et là au fil de mes pérégrinations, comme un journal littéraire en forme de bribes.
Loch Ness (19 décembre 2002)

Ce matin, le château médiéval sur ma route baignait dans une brume qui lui donnait une apparence quasi-irréelle. On aurait dit qu’il flottait. Je me suis retrouvée en Ecosse, au pied du Loch Ness.
Il y a des jours comme ça où un rien me fait trouver le monde magnifique ; alors un espoir fou m’envahit, me porte, m’enlève et je souris au ciel, quelle que soit sa couleur.
J’aimerais seulement retrouver ce regard enchanté qu’on les enfants quand ils bâtissent des châteaux de sable. Moi je sais que la mer les détruira à la marée montante en les recouvrant de son eau bleu-vert. On ne peut plus rêver, quand on est adulte, parce qu’on SAIT. On ne peut plus rêver, on peut seulement faire semblant.
La pluie vient de commencer à tomber, la nuit fuit lentement, chassée par le jour naissant. L’heure me plaît : c’est celle des chassés-croisés, celle des réveils, celle des endormissements, celle où les deux mains de l’amant glissent sur les hanches de la femme étendue à ses côtés. C’est l’heure des débuts, celle des fins, celle des continuités. La platine disperse les accords tumultueux de La Mer de Debussy ; dehors, le vent projette les gouttes d’eau sur les carreaux avec une violence de tempête océane.
Je cargue les voiles, vire de bord et lève « l’encre ».
Le premier café du matin (21/12/2002)
Je suppose que c’est comme la première cigarette pour les fumeurs, c’est celle-là la meilleure. La cafetière répand son arôme corsé dans toute la maison avec un sifflement liquide. J’aime préparer le café, le faire calmement, en comptant chaque geste, chaque parfum, chaque son : replier les bords du filtre, l’humidifier un peu pour sublimer l’arôme, compter les doses de café… Je regarde les premières gouttes qui tombent au fond de la verseuse, comme des larmes de sang noir, en embuant la paroi. C’est parti.
Maintenant, la tasse est entre mes mains, brûlante, fumante ; ça sent bon. Le café est fort et fait du bien. J’aime cet instant. Je suis assise à mon bureau, j’ai allumé l’encens ; sa fumée se mêle à celle du café et monte, toute droite d’abord, en forme de V, puis se perd en volutes compliqués. C’est puissant comme un volcan et apaisant comme un lac… Je me sens loin, très loin de ce monde matériel, comme si mon esprit menait une vie parallèle à celle de mon corps. Etrange sensation.
L’encens se termine et a embaumé tout le bureau. Ce genre de moment me rend positive, alors que pour certains, chaque plaisir coûte, comme si on l’avait volé, usurpé, qu’on ne le méritait pas, comme si l’on s’interdisait d’être « simplement » heureux parce qu’on pense que le bonheur n’est pas pour nous. Le bonheur, ça ne se mérite pas, il n’est dû à personne. Il faut apprendre que le goût du bonheur se cultive comme une plante rare. C’est un art difficile. On a trop tendance à refuser les choses qui rendent heureux parce que nous sommes par nature insatisfaits.
Au lieu d’avoir envie d’être mort, chaque jour on peut choisir de vivre.
Ave Maria (26 décembre 2002)

J’écoute l’Ave Maria de Schubert… C’est beau à pleurer. J’ai retourné ce matin toute la maison pour retrouver mes vieux classiques oubliés dans un coin.
C’est bête, la musique classique réveille des élans mystiques quelque peu incongrus chez une cartésienne comme moi. Je me rappelle une promenade anodine, il y a une semaine ou deux, en compagnie de deux générations de filles, durant laquelle nous avons trouvé une de ces petites chapelles si courantes en Bretagne, perdue au bout d’un chemin, avec une petite source, une statue de la Vierge et des centaines d’ex-voto. C’était très beau, émouvant, plein de ferveur et d’humilité.
Je suis entrée dans la chapelle, très basse, sombre, sauf l’autel, magnifique avec un retable très simple en bois peint éclairé par des cierges. Je suis restée un moment là, toute seule ; mais je ne me suis pas assise sur un banc. J’aurai eu l’impression d’usurper une place qui ne m’est pas réservée. Qu’est-ce que je fiche là, moi, l’Incroyante, la païenne ?
Je n’ai pas prié. Je ne sais pas (plus).
Heureusement, on peut faire des tas d’autres choses dans une église : se recueillir, réfléchir, penser, se repaître de la beauté d’un tableau, rêver devant un cierge vacillant dédié à Sainte-Anne, aimer…
C’est drôle, c’est toujours cette impression de paix, de serenité qui subsiste en moi quand je rencontre un lieu de culte. Mais pourquoi cela m’étreint-il tant le coeur alors que ça ne représente rien à mes yeux ?
Succédanés (27/12/2002)
C’est difficile d’écrire des sensations, des ressentis, des émotions ; on peut les évoquer seulement, mais alors est-ce qu’on éveille la même sensation chez celui qui lit ? Décrire une caresse, même si on l’imagine en même temps qu’on la lit ou qu’on l’écrit, n’éveillera jamais les mêmes sensations que la caresse elle-même… sans parler de l’aspect émotionnel de la chose.
C’est comme pour la musique : les frissons qu’elle nous procure sont indescriptibles. On essaye de mettre des mots sur l’émotion qu’on ressent, mais ce n’est jamais qu’un succédané. Est-ce qu’on pourra jamais décrire un sentiment ? L’amour, on le sent, on le ressent, on le donne souvent, on le partage parfois, mais jamais personne n’a réussi à le décrire.
Mais peut-être est-ce le propre de l’amour : être indescriptible pour ne pas avoir de définition universelle et rester unique, propre à chaque amoureux…
Finalement, le monde est bien fait.
Chat (6 janvier 2003)

Cléopâtre – dite Cléo – la chatte, dort entre l’écran de l’ordinateur et le clavier. Il fait froid, elle cherche la chaleur. Quand elle s’étire, elle pousse mon clavier et je râle ; alors elle bouge les oreilles d’un demi-poil, signe qu’elle m’a entendue, mais ne se range pas d’un centimètre, signe qu’elle se fiche pas mal de mes remontrances et qu’elle-était-là-avant-moi-d’abord.
J’adore les chats et cette façon flegmatique qu’ils ont de te considérer avec hauteur, l’air de te prendre pour le dernier des êtres vivants intelligents – « peuh ! tu ne sais même pas chasser ! ».
Tout à l’heure, j’étais dans mon bain (moussant au jasmin) et Cléopâtre était en équilibre fragile sur le bord de la baignoire, assise sur son arrière-train, triomphante, royale, m’observant me tartiner de savon comme si elle avait pitié de moi et ma propreté moussante.
Inspiration (9 janvier 2003)
Les heures assassines ont tué mon inspiration. Tout à l’heure, mes mots foisonnaient, mais une répétition de théâtre a enfouit mes songes, emmêlé mes phrases et plus rien ne s’ordonne pour créer du sens. J’écris quand même, un texte insensé, donc, dénué de sens, sans raison, juste des mots pour pallier une absence. Depuis hier, je m’amuse avec les assonnances, les dissonnances, les ressemblances… fragrance… romance… souffrance. Les idées s’associent étrangement en se répondant les unes aux autres dans l’esprit au repos, quand la vigilance de la raison ne contrôle plus son flot de pensées.
Ecrire pour ne rien dire, ne parler qu’en écrivant, pourtant tout est mot. Mots émus, mots rebuts, mots crus, mots préludes aux paroles. Les écrits restent, les paroles s’envolent, dit le proverbe, mais nos mots restent, nos paroles se lisent et nos pensées se lient.
Le temps est décuplé, arrêté en passant, rejoué en relisant les mots échangés en s’écrivant.
Dans écrire, il y a cri (16 janvier 2003)
Dans « écrire », il y a « cri ». Cri de douleur ? Cri de bonheur ? Jouissance dans l’écriture de sa souffrance ? Ou souffrance dans l’écriture de la jouissance ?
La sensualité est dans mes mots. Mes émotions sont dans mes sens.
Divine surprise dans le piteux rayon poésie de ma piteuse bibliothèque de quartier : un Rilke, arrivé là on ne sait comment, une vieille édition au papier jauni sous une couverture en carton vert, magnifiquement vieillot, à l’odeur poussiéreuse des greniers oubliés recelant des trésors perdus. Je lis les « Poèmes à la nuit » et me sens bien petite et bien misérable face à une si belle écriture. J’ai gardé le poème sur le mur, sous les yeux en permanence.
« … Et ils disent que la vie est un rêve. »
L’art de l’écrire (23 janvier 2003)

Retrouver mon plume préféré, comme un vieil ami fidèle qui ne me déçoit jamais… L’écriture est quelque chose d’étrange pour moi. C’est un processus créatif qui m’interroge. Pourquoi ai-je envie d’écrire parfois, envie et même besoin, même quand je n’ai rien à dire, rien à écrire ?
Je comprends bien les peintres, les sculpteurs qui crééent dans des instants d’inspiration qui ressemblent à une espèce de transe où l’esprit ne commande plus et où c’est la création qui guide le geste… mais écrire ? Il y a un côté « réfléchi » dans l’acte d’écrire, dans le sens où l’on est obligé de créer avec des mots. Il y a certes un côté réfléchi aussi dans la peinture ou la sculpture, mais ce n’est pas du même ordre : la création s’y différencie beaucoup plus de la réflexion qu’on en fait. On n’y travaille pas des mots, mais une matière concrête. Ou alors, l’écriture n’est pas un art ? Pourtant, il y a bien un aspect artistique dans la création littéraire.
Création, quel joli mot… Quand j’écris des histoires, j’aime cet instant de création où je me sens humblement -et dangereusement- comme le Dieu créateur de la Genèse : je façonne mes personnages, je créé un monde, je modèle une histoire, une vie, des vies… mais la plupart du temps, comme Adam et Eve, mes personnages n’en font qu’à leur tête, mangent la pomme et le beau monde s’écroule. Ah ! Je comprends la déception de ce pauvre Yahvé face à la déraison des hommes ! C’est rageant, mais cela a le mérite de nous montrer qu’on ne peut pas tout maîtriser – y compris des personnages fictifs que l’on créé de toutes pièces.
Le mort du train (3 février 2003)
Le ciel est d’une noirceur de tombeau ce soir… Je n’arrive pas à me débarasser de la désagréable sensation de mort que je traîne depuis l’accident du train vendredi. La locomotive a percuté quelqu’un qui s’est jeté sur la voie dans une gare. Il paraît que ça arrive souvent… C’est comme si l’Ankou s’était accrochée dans mes cheveux et ne parvenait pas à s’en démêler… C’est effrayant et inédit à la fois.
La mort volontaire de cet anonyme me suit partout. J’entends encore le bruit sourd des débris contre le wagon, juste sous ma fenêtre ; j’ai pensé que c’était des branchages, des pierres, de la neige même… L’idée que c’était un corps disloqué m’est insupportable. Tout autour de moi, les choses ont tout à coup un parfum nauséabond de fin du monde: un accident de voiture sur la route tout à l’heure, des avions qui s’écrasent peut-être quelque part sur terre, des avalanches, cette stupide navette spatiale qui se désintègre justement hier… J’ai l’impression que tout se meurt dans ce monde insensé. Je sens des catastrophes ; il n’y a que des larmes, de la douleur, des morts…
Orages d(‘h)iver(s) (23 octobre 2003)
Vision féérique saisie au hasard à la porte de chez moi : le soleil se couchait derrière la maison voisine et flambait tout l’arrière de la bâtisse d’un rose doré quasi iréel. A l’opposé, la lumière tombante dorait les murs, comme si l’on avait posé un filtre orangé sur les choses. Et la lumière du couchant… à pleurer.
Cinq minutes plus tard, un coup de tonnerre réveilla les nuages en sursaut et une pluie bruyante de grêlons se mit à marteler le sol d’un coup… Et médusée, je restais sur le pas de la porte, m’abîmant dans les soubresauts des billes glacées tombant à terre, comme une invasion de puces des sables, ces minuscules bestioles qui sautent dans tous les sens sur les plages bretonnes.
Et ma fille, près de moi, qui riait. Elle qui n’avait encore jamais vu la neige…
J’aime la nature pour ces petits impromptus.
La pochette bleue (3 novembre 2003)

C’est une pochette en plastique toute simple. Bleue avec des élastiques jaunes. Une malle à souvenirs. Un carnet de route dont les pages non numérotées se mélangent au hasard des « voyages » – des sorties qui, pour la plupart, ne m’ont physiquement pas fait faire plus de trente kilomètres. Mais qui m’ont fait avancer.
Un « pass 3 jours » de la RATP mord le coin d’un billet de TER pour Paris (via Le Perche, arrêts à toutes les gares – éclectisme assuré). Le ticket de caisse de la Taverne Saint-Michel – thé nature (et une rondelle de citron qui n’est pas facturée) me rappelle la moitié de la pièce de théâtre que j’y ai lu, ce jour d’hiver où il faisait si froid (voir Court-métrage de Paris). J’attendais – où je faisais traîner. Peu importe : l’instant draînait une vraie magie.
Le plan-guide du musée du Louvre est plié en deux, trop grand pour être visité en un jour et pour rentrer docilement dans la pochette. Et les programmes de « Cosi Fan Tutte » à l’opéra, avec son personnage hallucinant de désinvolture dans sa perruque poudrée, du concert de l’Orchestre de Bretagne interprétant Beethoven et Sibelius, du « Dom Juan » de Molière par la Comédie-Française en tournée. Que de moments anodins, dits comme ça. Mais combien de bonheur, de rires, de larmes – émues, de tant de beauté, même dans la solitude, même dans la difficulté. Ne vivre que pour ça, n’être vivante que pour ces moments-là, enfermés dans ma pochette en plastique.
Bleue avec des élastiques jaunes.
(aujourd’hui, la pochette est trop petite, je l’ai remplacée par une boîte « Doudou et Compagnie »… car ce sont mes doudous à moi)
C’est sensuel, l’écriture (6 novembre 2003)
Le message électronique est comme une lettre. On ne dira pas que dans l’écriture, le support importe peu, je sais que ce n’est pas vrai : on est souvent moins indulgent avec ce qu’on écrit directement sur un fichier qu’avec ce qu’on rédige à la main.
Mais, la plupart du temps, mes messages électroniques ne sont que le retranscrit informatique d’une lettre que j’aurai rédigée à la main, préalablement. Par habitude, sans doute. Par goût, aussi. Oserai-je… par plaisir ?
Oui, après tout, c’en est un, qui en appelle aux sens aussi sûrement que l’émoi amoureux (caresser le papier de la pointe d’une plume, voir les arrondis des lettres s’aligner, sentir l’odeur de l’encre se mêler à celle d’un cahier, écouter le grattement de la plume…).
C’est sensuel, l’écriture… Il m’arrive souvent d’écrire des choses qui n’ont pas de sens pour le seul plaisir des sens(ations). Apparemment, ma jouissance d’auteur colore mon écriture : on me fait souvent remarquer que mes textes sont dans l’émotion. Le plus étonnant, c’est que je n’en avais pas conscience avant qu’on me le dise. Il faut croire que notre façon d’écrire est vraiment le symptôme de ce que nous sommes. Voudrais-je écrire sèchement que je n’y parviendrais sans doute pas – à moins de me perdre et, dans ces conditions, est-ce intéressant ?
Je suis manifestement plus « moi » dans mes lettres et dans mes textes que je ne le suis dans mes paroles, dans mes conversations. Au premier abord, je suis superficielle et hédoniste, mais en réalité je suis sensualiste et épicurienne… Mon approche du monde est sensorielle. J’aime tous ces détails quotidiens que personne ne voit mais sans lesquels le monde serait terne (un oiseau sur une branche d’arbre, un nuage très lumineux dans un ciel chargé, le regard apaisé de mon chat, le bruit du vent dans les arbres…). Moi, j’enregistre tout cela et j’ai chaque seconde un oeil neuf sur l’existence.
C’est une forme d’optimisme, dirait-on. Ou d’utopie. Voire de naïveté.
Peut-être… mais peu importe.
Rêver son réel, réaliser ses rêves (18 novembre 2003)
Je reste sur mes ressentis du jour, ni tempérés par la relecture, ni sublimés par le recul. Juste la sensation délicieuse d’un badinage agréable, soie légère, dentelle délicate, mousseline vaporeuse.
J’y ajoute l’odeur mouillée d’un thé vert, le parfum ambré sur fond de miel d’un bâton d’encens, la lueur indirecte de la lampe de bureau, un filet de musique sacrée – Miserere d’Allegri – et me voilà partie dans les sphères de l’imaginaire… Certains pensent que le rêve est par essence improductif et donc inutile. Peut-être raconterais-je un jour comment un rêve fut mon plus propice aiguillon à l’écriture – sans doute ce que j’ai produit de mieux jusqu’à présent.
Je me suis souvent reprochée de vivre intensément des relations réelles avec des êtres imaginaires – les personnages de mes romans. Ils m’ont tour à tour habitée, exploitée, quittée, mais ils m’ont tous transcendée aussi ; je les ai tous aimés, désirés, fantasmés, je les ai même projeté sur des personnes réelles – non pas pour qu’ils m’apportent amour ou tendresse, mais pour qu’ils m’aident à être moi, à me reconnaître, à m’auto-réaliser (oserai-je « à m’auto-créer » ?). Comme le dit Julius Evola : « On attend de l’amour quelque chose d’absolu. Le sens ultime du désir qui pousse l’homme vers la femme est le besoin d’ « être » au sens transcendant. » (Métaphysique du sexe).
Et l’écriture, justement, permet tous les aveux, toutes les audaces, toutes les métamorphoses, tous les dédoublements, tous les possibles, parce qu’elle abolit l’absurde démarcation entre rêve et réel. Le véritable amour s’abstient de toute concrétisation, qu’elle soit tendresse amoureuse ou union sexuelle. Il est à lui-même sa raison d’être, son seul but. C’est une communion d’âmes (ne parle-t-on pas d’âmes soeurs ?) et non fusion de corps. Méditez les vers de Faust quand il dit que dans le désir il a soif de jouissance et que dans la jouissance il éprouve l’amère nostalgie du désir : le vrai amour, non pas l’instinct ou la passion, est toujours de nature religieuse. Mon plaisir à moi est dans le désir, dans l’inachevé, dans l’infini. Entrouvrir la porte des possibles… et imaginer le reste.
Des colombes et des cloches (5 janvier 2004)

J’ai déménagé.
C’est juste un petit village ratatiné au pied d’un clocher pourvu de quatre clochetons.
Trois lumières palotes : le halo de trois réverbères d’éclairage public perdu dans un brouillard de janvier.
Et la présence irréelle d’une étoile de Noël en face de la fenêtre de la chambre à coucher.
Juste un petit village, trois cents âmes dispersées dans une campagne silencieuse qui s’étend au pied du salon…
Le silence juste troublé par les cloches qui sonnent l’heure et la demie… « Ennuyeux comme la mort », dîtes-vous ?
C’est un trésor. La quiétude d’une vie.
Ce que les tourmentés, les déçus, les pessimistes
Ne verront jamais : la simplicité du vent dans les arbres.
Et d’être là, simplement,
Pour en jouir.
Quand Mozart me met hors du monde (9 février 2004)
Sortie de l’opéra, à l’approche de minuit – dixit l’horloge du beffroi de l’hôtel de ville. Je suis euphorique et en même temps j’ai envie de pleurer. Dès les premières mesures du Nozze di Figaro de Mozart, j’étais émue… Je les ai tellement écoutées que de les entendre, là, « pour de vrai », résonner sous la voute de la petite salle de l’opéra me met dans un état second. Je suis heureuse et une émotion me serre le coeur. Bonheur qui se transforme en tristesse, cette tristesse qui vous prend à la fin des choses qui se terminent.
Curieusement, la plénitude s’entremêle de vide. Voir ou entendre ainsi quelque chose de si grand, de si intense vous renvoie à cette ‘insignifiance intime, ce petit sentiment de n’être rien. C’est comme si l’émotion était trop forte pour être vécue pleinement de peur d’exploser complètement. Encore une fois, l’impression de refuser l’abandon, de peur de se perdre. Dans la musique ? Quel danger y aurait-il à cela ? Je m’interroge. Pourquoi la musique me met-elle dans un état pareil ?
Les accords vifs et ciselés subsistent dans mes oreilles sous forme d’acouphènes. Je revois le Figaro pétillant, la Susanna espiègle, la Contessa bouleversante. Je repense à Beaumarchais, puis au théâtre, je revois le visage de Figaro saluant le public, à la fin de l’opéra, avec un sourire épanoui, magnifique, reconnaissant, soulagé – ce sourire que ceux qui sont montés une fois sur scène connaissent. Je sais ce qu’il ressent, ce moment fabuleux où l’hommage du public est la plus belle des récompenses. On sourit en ayant envie de pleurer, il y a une sorte de symbiose qui fait chaud au coeur. C’est bouleversant de sincérité, je voudrais le partager, là, à cet instant. L’écrire. Communier dans la beauté de l’art. A cet instant, c’est la solitude qui s’impose…
Je ferais une mauvaise critique culturelle, tous les spectacles me paraissent sublimes du fait même de la chance que j’ai de les voir. Inconsciemment, y assister est déjà un immense bonheur pour moi. Je ne peux donc pas dire si la musique était bien jouée, si la mise en scène ceci ou cela, si les comédiens étaient la hauteur… je n’ai que mon émotion, mon coeur qui bat, mon souffle court, mes larmes. J’ai pu voir cela, ressentir, aimer, vibrer, être en dehors du monde durant quelques heures. Quelquefois, seulement de temps en temps, l’idée que je n’existe vraiment que dans ces moments-là me traverse l’esprit.
Soulages et le noir de la lumière (19 mars 2004)

Les puristes conseillent de ne visiter un musée que pour deux ou trois œuvres dont on sait qu’elles s’y trouvent. Et de snober toutes les autres en attendant de tomber sur celle qu’on cherche.
C’est compter sans le hasard. Sans l’émerveillement de l’œil, le choc d’un tableau croisé au détour d’une salle à priori anodine. La galerie des collections permanentes de Beaubourg est ainsi faite qu’elle entrecroise dans un même champ de vision des œuvres très différentes et l’on peut s’amuser à passer de l’une à l’autre au gré des regards perdus. Je crois traverser un couloir sans intérêt pour rejoindre un tableau connu (dont je ne me souviens plus, pour le coup !), quand quelque chose arrête mon pas, à ma droite.
Une immense toile noire, entièrement noire, d’un noir pur, intense, fabuleux. Je m’arrête, béate, surprise, happée. Un rapide coup d’œil sur le petit carton m’informe qu’il s’agit d’un monochrome de Soulages. Tétanisée, je reste debout, à quelques mètres de la toile qui m’absorbe littéralement dans ce noir subjuguant. Et pourtant, ce n’est « que » du noir.
Mais quel noir ! Il est presque lumineux. De ces noirs qui irradient une sorte de lumière venue de nulle part, quelque chose d’infini qui sourd d’entre les rais parallèles tracés au grattoir dans la matière. Il n’y a pas l’ombre d’un reflet de projecteur, pas une once de blanc, ni d’aucune couleur. Que du noir. Et pourtant une incompréhensible sensation de lumière inonde l’ensemble.
Du coin de l’œil, je perçois le mouvement du gardien de la salle qui s’apprêtait à traverser entre Soulages et moi et qui s’est ravisé en me voyant. Nos regards se croisent, une fraction de seconde, il sourit et me contourne afin de ne pas perturber ma contemplation. Je suis seule dans la salle ; le monochrome noir de Soulages attire beaucoup moins que le bleu de Klein…
Dix minutes plus tard, le gardien reparaît, faisant sa ronde en sens inverse. Je n’ai pas bougé. Et il sourit à nouveau, de cet air complice et comblé des personnes qui se découvrent un préféré commun.
Liste de trucs fous (23 mars 2004)
Il y a une scène que j’aime beaucoup dans le film de Clint Eastwood Un Monde Parfait : celle où Kevin Costner demande au petit garçon qu’il a pris en otage de lui faire la liste de toutes les choses folles qu’il aurait voulu faire et qu’on lui a interdit. Et pendant que Costner conduit, le gamin d’écrire avec application en tirant la langue des choses aussi simples que « faire des montagnes russes » ou aussi farfelues que « aller sur la Lune ».
ça a l’air simple, comme ça.
Aujourd’hui, je me suis dit que j’allais faire, moi aussi, une liste de choses folles que je me suis toujours empêchée de faire, juste pour voir ce que ça donne, juste pour rire.
J’ai pris un papier et un crayon… et « mine de rien », ça n’est pas si simple.
On évacue déjà les choses techniquement impossibles, on élimine les surnaturelles, on tait les plus inavouables, bref on s’auto-censure comme on ne l’imagine pas.
Retrouver l’innocence de ses huit ans, quand on en a trente, « mine de rien », ça demande une sacrée concentration.
Vous ne me croyez pas ?
Essayez, pour voir !
Écrit tue rage (29 avril 2004)

Comme il parait que « le manuscrit par la Poste », ça marche, je continue à envoyer, de temps à autre mon roman chez quelques éditeurs (un ou deux par mois, pas plus, parce que, mine de rien, ça pèse lourd, mon bazar).
Pendant ce temps-là, j’apprends que ledit roman, envoyé « pour voir » au Concours international littéraire d’Arts et Lettres de France (sis à Bordeaux), a reçu le Premier Accessit dans la section roman… Le premier étonnement passé, je me dis que finalement ma prose doit avoir quelque valeur, compte tenu qu’en plus, sur mes dix premiers refus d’éditeurs, sept l’ont été après lecture en comité.
Forte de ses encouragements et des critiques constructives de quelques lecteurs éclairés, j’ai fais une réécriture. Celle-là, c’est la dernière, juré craché, il faut couper le cordon. Je traîne ce bouquin depuis trop longtemps. Il y a juste matière à encore ajuster, mais la trame y est et a redonné de la matérialité à mon écriture. Parce que, après tout, à quoi sert une belle langue si elle ne raconte pas « quelque chose » ?
Et puis je passe au suivant. J’ai deux romans qui dorment à demi-commencés depuis presque aussi longtemps que celui-là et j’ai déjà de nouveaux projets qui me chatouillent la plume…
Je me replonge donc dans ce roman historique qui raconte l’Histoire en racontant une histoire, celui où je peux m’amuser à papoter avec « mon » Beaumarchais (qui m’est devenu par ce truchement très proche). Au-delà de l’évocation de la période pré-révolutionnaire, ce livre aborde la situation de ces femmes très masculines de tempérament, ces pré-féministes, ces femmes d’affaires ou femmes politiques qui auraient dû naître hommes : l’héroïne, Eléonore, en est une, comme Olympe de Gouges, Manon Roland, Charlotte Corday, Sophie de Condorcet… et comme ces quelques femmes-pirates du milieu du XVIIIème siècle, Anne Bonny et Mary Read (car mon roman parlera aussi de marine, de guerre et de colonies antillaises…).
Ce sera à la fois une promenade au temps jadis, car je crois qu’on comprend mieux une époque quand on vit aux cotés de personnages pendant quelques pages, et à la fois une réflexion sur l’ambiguïté sexuelle, accrue à cette époque où l’on se targuait d’humanisme et de liberté, et où l’on considérait pourtant que la femme était sur terre pour « plaire à l’homme, le consoler et l’accompagner » (pour résumer Rousseau). Pour s’épanouir dans cette société d’homme, Eléonore ira jusqu’à se travestir, déroutant même Beaumarchais, l’homme à femmes. Rester délicieusement femme en étant terriblement homme, tout un programme, qui m’enchante…
Correspondance (12 septembre 2004)
Correspondance : nom féminin
1. Rapport de conformité, d’analogie, de symétrie.
2. Echange régulier de lettres entre deux personnes.
J’aime l’ambivalence du mot : correspondre = se correspondre ?
Sans (cent ?) correspondant (22 octobre 2004)
C’est curieux, contrairement à beaucoup, semble-t-il, j’ai du mal à écrire « dans le vide » ou, si l’on préfère, gratuitement. Il me faut un interlocuteur, un destinataire : un correspondant, des lecteurs, des internautes… peu importe.
Mais tracer des mots pour moi seule n’a aucun sens à mes yeux. Ils vous sembleront bien insipides, voire inintéressants – ce que je comprendrais- mais je vous les livre. C’est certes un soulagement de les écrire – d’aucuns diront que c’est un exutoire – mais j’ai l’heur de penser (la prétention, même) que, peut-être, ce sera un soulagement pour certains de les lire.
Je me souviens de l’accélération de mon coeur en lisant des phrases que je n’avais pas écrites mais qui semblaient décrire à la lettre mon tumulte intérieur… ou ma sérénité du moment.
Il n’y a pas vraiment de différence entre vous et moi, entre l’écrivain et son lecteur, entre l’auteur et l’autre : nous pouvons ressentir la même chose au même instant en des circonstances identiques.
Vous avez dit « porte-parole » ?
Je Tue Elle (6 janvier 2005)

Ecrire à la première personne du singulier est très inhabituel chez moi, pour ne pas dire rarissime. Je déteste écrire à la première personne quand il s’agit de moi. Sans doute que ça m’implique trop, ça m’oblige à me dévoiler, à me mettre à nu. A ce moment-là, je suis très vulnérable. Je n’aime pas être vulnérable.
Alors quand je dois parler de ce que je ressens, je m’abrite souvent derrière un « elle » plus anonyme et je raconte une histoire qui pourrait ne pas me concerner. C’est une façon de se protéger. C’est surtout, je pense, un moyen de ne pas m’avouer des choses ou des émotions qui m’échappent ou me font peur.
Dérisoire (28 avril 2005)
Le soir tombe ; il pleut. A peine. Rien que quelques gouttes de pluie dérisoires qui glissent sur le carreau. Je n’ai pas mis de musique. Pas encore. J’écoute le silence, j’écoute la nuit qui vient. Le monde s’endort ; mon coeur s’emballe, j’en ressens les pulsations violentes jusqu’au creux du ventre.
Je soupire, je frémis. Un souffle de vent m’effleure – la fenêtre est ouverte – les nuages maculent le ciel violacé d’ombres orageuses. L’obscurité gagne partout et gomme le relief des êtres et des choses. Tout va se fondre dans la nuit.
Une émotion grandit, m’étreint de ses bras glacés ; le monde s’endort, le monde s’ennuie. Je m’enfuis. Je prends corps. Pourtant, comme les gouttes d’eau sur la fenêtre, les mots sont dérisoires.
Dérisoire mon cri, dérisoire mon vide, dérisoire mon vivre.
Le chant crépusculaire d’un merle troue le silence.
Dérisoire, la tombée de la nuit. Dérisoire le merle.
A quoi bon, tout ça ?
Le nuage est gris, le bureau noir. Je n’y vois plus mais ma feuille blanche irradie sa propre lumière.
Dérisoires les mots. Dérisoire, l’absence. Dérisoire, la souffrance.
L’indifférence la rend dérisoire.
Je suis une handicapée du pinceau (15 mai 2005)
Un écrivain que j’aime bien propose, en mai, de répondre par un dessin à tous les mails qu’on lui enverra sur son site.
L’idée m’amuse (d’autant plus que ça fait assez longtemps que je voulais écrire à cet auteur). Je décide alors de le prendre au mot et de lui envoyer moi aussi un mail composé uniquement d’un dessin.
Me voila devant ma feuille.
Mais voila : je suis incapable de dessiner quoi que ce soit.
Autant tracer des lettres ne me donne aucun complexe et ne me dresse aucune barrière, autant je suis tétanisée par l’injonction de dessiner. Depuis toujours, ma créativité en matière visuelle est proche du zéro. Ce n’est pourtant pas faute d’aimer l’art, les peintres abstraits, les sculptures un peu (ou beaucoup) conceptuelles ni faute de regarder (le monde, les choses, moi, les autres).
Face à un tableau, j’ai des mots, j’ai des sensations, j’ai des émotions, mais aucun réflexe pictural.
Je suis une handicapée du pinceau.
Même dans mon travail, dessiner la maquette d’un bulletin me laisse dubitative.Ce n’est même pas par peur de mal faire, c’est que je ne SAIS pas quoi dessiner, je n’ai aucune IMAGE de ce que je veux tracer, je ne conçois pas le dessin. Certains gribouillent d’arabesques ou de carrés des pages entières en téléphonant, moi -je vous le donne en mille – j’écris l’alphabet, des chiffres, des caractères. Je ferai dessinatrice de polices de caractères, quand je serai grande…
Je suis une handicapée du pinceau.
Finalement, je n’ai pas « dessiné » à mon auteur. Je lui ai écris ce que vous venez de lire.
Et voici ce que Christophe Spielberger m’a répondu.

Poignées d’éternité (30 juin 2005)

Il est de ces rencontres qui bouleversent toute une vie. Elles durent quelques heures, une poignée de minutes seulement, mais elles remplissent de leur ombre le reste d’une existence.
On ne sait ni pourquoi, ni comment ça arrive.
On ne s’y attend pas non plus.
On ne s’en aperçoit qu’une fois que c’est arrivé.
Une fois que ces instants ont gravé leur texte inaltérable dans la mémoire.
Ce sont des rencontres faites d’impalpables, de sensations sans contacts, un bien-être extatique loin des sentiments compliqués ou du simple désir.
Des regards, des pensées, quelques mots échangés, des silences qu’on partage, presque matériels. Des non-dits plus éloquents que tout le reste. Une sorte de connivence d’esprit qui ne dure qu’un moment et qu’on essaie de prolonger par la suite. Mais sans la magie de l’instant qui a fait s’opérer l’alchimie une fois ne subsiste plus que le souvenir, lancinant, douloureux, ou agréable. Ou les deux, alternativement.
Un souvenir qui laissera pourtant son empreinte. Comme une impression en filigrane, imperceptible mais sans cesse sous les yeux, presque subliminale. Parce que c’est grâce à cette rencontre, à ces riens, qu’on s’est éveillé d’une longue hibernation et qu’on a découvert qui on est, réellement, en se révèlant à soi-même.
Travailler dans la culture (10 mars 2006)
Ce qu’il y a d’énervant quand on travaille, comme moi, dans le culturel et qu’on aime écrire, c’est qu’il y a toujours quelque chose, au milieu d’un dossier, qui me ramène à ma création, à mon propre travail « d’artiste » – et je me sens presqu’honteuse d’utiliser le terme à mon endroit, moi qui ne suis que dilettante en la matière.
En compulsant différents dossiers de présentation du travail de compagnies de théâtre de marionnettes, pour détecter des spectacles susceptibles d’être programmés, je tombe ainsi sur des références à Strindberg, à Gombroviscz, à Magritte… Ou même des citations d’Henri Michaux :
Signes, non pour être complet
mais pour être fidèle à son transitoire
non pour conjuguer
mais pour retrouver le don des langues,
la sienne, au moins, que,
sinon soi, qui la parlera ?
Alors, là, même avec toute la bonne volonté du monde, je suis incapable de ne pas m’évader, dans ces cas-là, vers mes pages : et mentalement, j’écris dans ma tête (trop consciencieuse pour aller jusqu’à prendre une feuille et un crayon…), je mêle les mots, je fourmille, je foisonne, je m’en vais en moi, je brasse tout et je créée.
Les productions des artistes que j’ai sous les yeux m’éveillent des mots, des sensations, des sentiments parfois… Je m’extraie d’eux pour me trouver moi. Je pourrais me le reprocher : après tout je suis là pour travailler, pas pour rêver, même si mon rêvassage est créatif… Mais, en même temps, comment puis-je travailler avec des artistes si ce qu’ils font me laisse indifférente – ou si je n’ai sur leur travail qu’un regard professionnel ?
« Vous ne bloguez plus ! » (5 avril 2007)

J’ai reçu il y a quelques jours un mail (sans doute automatique) de l’hébergeur de ce blog me disant gentiment « Vous ne bloguez plus ! », cherchant à savoir si cette désaffection était due à des désagréments quant au site lui-même.
Cette attention -pour marketing qu’elle soit- m’a fait sourire avec indulgence et j’ai failli répondre (mais est-ce qu’on répond à un robot ?) à la charmante interpellation.
Non, non, je n’ai pas de griefs techniques à faire à mon hébergeur : je ne blogue pas en ce moment tout simplement parce que je n’écris pas beaucoup non plus. Je profite du printemps qui arrive, j’écoute mes envies… et en ce moment mes envies sont assez loin de l’écriture. Comme dirait un vieil ami : « je suis pleinement dans la Vie ».
Je n’ai pas renoncé à écrire. Mais disons que je fais une pause nécessaire et totalement naturelle. Je ne m’impose pas le non-écrire. C’est juste que c’est sec… et contrairement à il y a quelques années, cette sécheresse ne m’est pas douloureuse. J’écris peu… mais ça ne me manque pas.
Envies de mer (8 juillet 2007)
Il ne fait toujours pas très beau mais tant pis. J’ai envie de mer… encore une semaine à attendre. Peut-être que je vais commencer les bagages pour les vacances, histoire de me « mettre dedans ».
Souffler, décompresser, s’asseoir sur une langue de sable et se perdre au-delà de la limite entre ciel et mer, ponctuée de voiles blanches, de vagues imperceptibles au large contre des rochers perdus et d’oiseaux de mer.
Déployer mes ailes et me laisser porter par le vent iodé, regarder la terre de là-haut, se poser quelquefois, juste pour reprendre des forces et mieux repartir. Pas forcément très loin (les oiseaux de mer reviennent toujours au nid, eux aussi). Mais s’envoler, un peu, sans avoir de destination précise. Se poser sur le vent, fermer les yeux, confondre les larmes et l’eau de mer – elles ont le même goût d’incompréhensible.
Ecouter les vagues inlassables, sans se lasser de les voir bercer les rochers et la plage, sans jamais s’arrêter. Elles aussi, elles partent et reviennent, tout le temps. Le monde n’est que départs et retours, finalement…
Tu me manques, jolie mer, toi qui accompagnes si bien mes escapades et qui reçoit mes envies d’éternité avec ton sourire ineffable. Je t’aime aussi bien sous le soleil radieux qui fait miroiter tes milliards de facettes que sous le vent rageur des îles perdues derrière des portails rouges. Je t’aime calme et réfléchie comme je t’aime déchaînée et incontrôlable.
Trop longtemps depuis la dernière fois que je t’ai touchée. Tu as caressé mes chevilles, la plage était d’un blanc pur, presque virginal. Il y avait du soleil et du vent sur la Grève Blanche. Tu as sûrement déjà effacé sur le sable mon graffiti de petite mère, petite mer…
Tu me manques, oui. J’ai besoin de me poser auprès de toi, de… poser mes valises, ranger ce qu’il y a dedans, trier peut-être. Me pauser. Fermer les yeux. Souffler un grand coup. Faire le vide. Replier mes ailes, nettoyer mes plumes, regarder l’horizon.
Et alors, seulement, repartir, peut-être.


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