Dans mon dernier article, je vous informais que j’arrêtais ma newsletter sur la communication. Aujourd’hui, je vous parle de créer une newsletter auteur ou autrice… Contradictoire, la fille ? Non : L’Astrolabe de la Comm’ n’était justement pas une newsletter d’autrice, mais de consultante en communication, orientée vers les auteurs et autrices. Et j’ai justement choisi de conserver ma newsletter d’autrice, les Chroniques du Bord, et de me concentrer dessus. La newsletter est souvent présentée comme incontournable dans la communication d’un auteur ou d’une autrice. C’est vrai, mais uniquement si vous savez pourquoi vous le faites, pour qui et à quelle condition ça sert vraiment la relation avec votre lectorat.
La newsletter auteur, le canal le plus solide pour fidéliser votre lectorat
Les réseaux sociaux sont utiles pour la visibilité, mais la newsletter, elle, sert à autre chose. Elle construit une relation dans la durée avec les lectrices et lecteurs qui ont choisi de s’y inscrire, pas parce qu’un algorithme leur a suggéré votre contenu, mais parce qu’ils ont activement décidé de s’abonner. La distinction est fondamentale et souvent sous-estimée.
Un lectorat qu’on possède vraiment
Sur Instagram, TikTok ou Facebook, l’audience appartient à la plateforme. Vous risquez de perdre tout contact avec les personnes qui vous suivent si :
- l’algorithme change (et Dieu sait que ça arrive souvent !) ;
- la plateforme ferme ;
- votre compte est suspendu (souvent pour d’obscures raisons…).
Une liste d’emails, elle, vous appartient. C’est une base stable, exportable, que vous avez construite dans la durée et qui survit aux évolutions des réseaux.
C’est une différence structurelle : la newsletter est le seul canal où vous avez un accès direct et durable à votre lectorat, sans intermédiaire ou presque, sans algorithme et sans dépendance à une plateforme tierce (hormis celle qui héberge votre newsletter).
La relation au lectorat, au-delà de la promotion du livre
La newsletter n’est pas un outil de vente directe, ou du moins, pas seulement. Son rôle principal est de construire une relation dans la durée, entre les parutions, sur des sujets qui dépassent la promotion de vos livres.
C’est cette relation-là qui fait revenir un lecteur ou une lectrice d’un roman au suivant. Pas besoin de le reconquérir à chaque sortie, de repartir de zéro sur les réseaux ou de reconstruire une attention qui s’est dispersée. Les personnes qui reçoivent régulièrement votre newsletter connaissent votre univers, votre voix, votre façon de voir les choses. Quand un nouveau roman sort, elles l’attendent, parce qu’elles ont continué à vous lire entre les deux.
Quand la newsletter n’est pas la priorité
Avant de vous lancer, il faut regarder les choses en face : une newsletter mal tenue est moins utile qu’une newsletter inexistante. Dans certaines situations, d’autres canaux méritent d’être construits en premier.
Lancer une newsletter avant d’avoir un lectorat constitué
Avant d’avoir un premier livre publié et une audience minimale, une newsletter tourne dans le vide. Elle demande du temps et de l’énergie pour des résultats très limités, parce qu’il n’y a personne à qui écrire (ou presque).
Dans cette situation, mieux vaut d’abord construire une présence (sur un réseau social, en salon, sur un blog, sur les plateformes de vente…). Une fois qu’un lectorat commence à exister, même modestement, la newsletter a une raison d’être. Mais pensez à inviter les gens, dès le départ, à vous laisser leur email, en disant par exemple qu’ils seront ainsi les premiers informés de votre actualité littéraire.
Démarrer sans pouvoir tenir la régularité
Sauf dans la période de construction de votre liste email évoquée précédemment, une newsletter auteur envoyée trois fois par an n’a aucun sens. Elle signale plutôt votre irrégularité que votre présence et conditionne les personnes à ne pas vraiment attendre de vos nouvelles. Elles auront alors l’impression que vous ne leur écrivez que pour vendre. Et ça, ce n’est pas très bon (mettez-vous à leur place !).
Si vous n’avez pas le temps ou l’énergie pour une fréquence minimale (une fois par mois est un plancher raisonnable), mieux vaut attendre les bonnes conditions. La régularité est la première qualité d’une newsletter, avant le contenu, la forme et le reste.
Encore une fois, ça ne vous empêche pas de mettre en place un formulaire pour récupérer les emails des personnes intéressées par vos informations. Jouez simplement la franchise en disant que, pour l’instant, vous n’envoyez pas de newsletter, mais que vous projetez de le faire.
Les erreurs fréquentes d’une newsletter auteur ou autrice
À force d’accompagner régulièrement les auteurs et autrices, j’observe régulièrement les erreurs qu’ils commettent avec leur newsletter. Elles ne viennent pas d’un manque de bonne volonté, mais plutôt d’une absence de clarté sur l’utilité d’une newsletter auteur.
N’écrire que lorsqu’on sort un livre
C’est l’erreur la plus fréquente (et celle qui ne pardonne pas vraiment sur le long terme) : votre newsletter n’existe que pour lancer votre nouveau livre. La personne reçoit un message pour annoncer la parution, puis plus rien pendant de longs mois, puis à nouveau un message au sujet d’une nouvelle sortie.
Ce rythme-là ne construit aucune relation et conditionne au contraire la personne à associer la newsletter à une sollicitation commerciale. À juste titre, votre lecteur ou lectrice pense que vous lui écrivez parce que vous avez quelque chose à vendre. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ce genre de newsletter, j’ai rarement envie de les lire (même si c’est ma marque de vêtements favorite).
La newsletter auteur ou autrice doit fonctionner entre les livres, au même rythme que pendant les lancements. Je dirais même qu’elle doit être envoyée surtout ENTRE vos parutions, justement pour maintenir le lien entre votre lectorat et vous, sans avoir rien à vendre en particulier.
Ne parler que de ses livres
Vous êtes plus que vos livres. L’univers qui nourrit l’écriture, vos lectures, les lieux que vous aimez, vos découvertes, les coulisses, les doutes, les victoires ou les obstacles… tout ça intéresse votre lectorat autant que vos personnages ou l’intrigue de votre prochain roman.
Une newsletter qui ne parle que des livres rate l’essentiel de ce qu’elle peut apporter : la relation à un être humain (vous !), à une façon de voir le monde (la vôtre), à une sensibilité. Les lecteurs et lectrices qui s’abonnent ne cherchent pas seulement à être informés des sorties. Ils veulent aussi fréquenter quelqu’un dont ils aiment la façon d’écrire et de penser. Donnez-leur de quoi le faire !
Beaucoup d’entre vous auront peur (ou pas envie) de parler de leur vie privée. Il ne s’agit pas de dévoiler tout de votre vie, mais simplement ce qui fait de vous un auteur ou une autrice : vos émotions, ce qui vous touche ou vous indiffère, des événements qui se retrouveront peut-être un jour dans un de vos livres ou qui vous a déjà inspiré un roman…
Confondre lectorat et pairs
La confusion est fréquente, surtout quand on débute. On hésite à parler de soi, de son livre, de ses personnage… alors on parle d’écriture. Des techniques narratives, des outils, des méthodes de travail, de la correction, de la documentation. Sauf que tout ça, la majorité de votre lectorat s’en fout royalement. La manière dont vous avez écrit le roman ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse, c’est le résultat, le roman.
Quand vous parlez d’écriture sous l’angle technique, vous vous adressez non pas à votre lectorat, mais aux auteurs et autrices. Vous me direz qu’il y en a dans vos lecteurs et lectrices. D’accord, mais ce n’est pas la majorité. Si vous voulez parler à vos pairs, à ceux qui écrivent aussi et qui veulent des conseils d’écriture, il est préférable d’utiliser un autre canal avec une autre ligne éditoriale (c’est ce que j’ai fait avec l’Astrolabe de la Comm’).
Construire une newsletter auteur pérenne
Si je vous ai convaincu de lancer votre newsletter d’auteur ou d’autrice, voici quelques principes tirés de l’expérience. Ma propre newsletter existe depuis plus de dix ans (j’ai envoyé le premier numéro en décembre 2015) et depuis 2022 j’accompagne des auteurs et autrices qui lancent ou améliorent leur newsletter.
Définissez votre ligne éditoriale (mais n’en faites pas tout un plat)
Une newsletter auteur a besoin d’une ligne claire avant de démarrer. Vous devez savoir au minimum :
- à qui elle s’adresse ;
- sur quoi elle porte (ce dont vous parlerez) ;
- et surtout ce qu’elle apporte de plus que vos autres canaux de communication.
J’aime bien dire que votre newsletter auteur est un peu comme votre fan-club (oui, oui, comme celui de votre groupe préféré quand vous étiez jeune !). Il faut donc que la newsletter donne à la personne qui s’inscrit des choses qu’elle ne trouvera pas ailleurs : des cadeaux exclusifs, des avant-premières, des infos inédites…
Sans cette clarté initiale, votre newsletter risque de vite s’essouffler. En même temps, ne vous interdisez pas de créer et d’envoyer votre première newsletter parce que tout n’est pas clair dans votre tête. Les premiers numéros seront aussi là pour expérimenter, tester des formats, un ton, un titre, une fréquence d’envoi…
Choisir une fréquence tenable
La meilleure fréquence est celle que vous pouvez tenir sans que ça devienne une contrainte ou une corvée. J’ai commencé par envoyer Les Chroniques du Bord une fois par mois, puis je suis passée à une fréquence bimensuelle. Mais je l’ai fait parce que j’avais assez à dire pour ça, pas parce que c’était un impératif. L’essentiel n’est pas le volume, mais la régularité. Si vous ne pouvez en envoyer qu’une par mois, restez sur ce rythme.
Les personnes qui savent quand vous arrivez dans leur messagerie liront votre message plus attentivement que celles qui redécouvrent votre existence après trois mois de silence !
Avec le temps, observez vos statistiques (taux d’ouverture et taux de clic) pour voir si le jour et l’heure d’envoi sont favorables. J’ai commencé par envoyer ma newsletter le dimanche soir, ça fonctionnait plutôt bien. Mais quand je suis passée au mercredi midi, les taux d’ouverture étaient encore corrects, mais moins bons. Aujourd’hui, je teste un envoi le vendredi soir, en me disant que ça laisse le temps aux gens de lire pendant le week-end, comme on lirait un livre pendant son temps libre.
Une newsletter auteur bien tenue est l’un des outils de communication les plus solides sur le long terme. Mais ça suppose une ligne éditoriale claire et une vraie régularité. Les erreurs les plus fréquentes viennent plus d’un manque de définition que du canal lui-même. Si vous voulez voir à quoi ressemble une newsletter d’autrice, rejoignez l’équipage pour recevoir Les Chroniques du Bord !
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