Si vous avez déjà plongé dans l’un de mes romans, vous avez sans doute senti le sel sur vos lèvres, entendu le ressac contre les rochers et aperçu un horizon lointain qui murmure « Viens ! ». La mer est partout dans mes récits. Pourtant, si je suis née en Bretagne, j’ai grandi à 1h30 du littoral. Pour autant, l’océan m’a toujours fascinée. Dans mes romans, la mer n’est pas seulement un décor, mais un personnage à part entière. Tantôt douce et apaisante, tantôt imprévisible et bouleversante, elle incarne ce que vivent mes héroïnes : la quête de sens, les tempêtes intérieures et la soif de liberté.
La mer comme décor vivant
Je suis bretonne de naissance et de coeur. J’ai vécu une grande partie de ma vie en Ille-et-Vilaine, avant de déménager en 2019 au bord de la mer. Je vis désormais en Loire-Atlantique (qui fait partie de la Bretagne, on est d’accord 🥲). Néanmoins, quand j’étais petite, on allait « à la mer » au moins une fois par mois. Elle a toujours fait partie de mon quotidien, de mon imaginaire et de ma mémoire. C’est donc naturellement qu’elle s’invite dans mes romans, mais jamais comme une carte postale figée. Elle est vivante, changeante, vibrante, impose sa lumière, son rythme et ses odeurs.

Dans Oraison pour une île, l’île de Bréhat devient un refuge, un écrin de silence et de poésie. La mer y entoure les personnages comme un voile protecteur et révélateur. Dans Petite Mouette le littoral de la Côte d’Amour (la bien nommée) rythme les pas d’une adolescente en quête de repères. Dans Un pont sur l’eau trouble, l’estuaire de la Loire devient le miroir de ce que l’on tente de fuir… ou de retrouver.
À chaque fois, ces paysages maritimes s’imposent à moi pour ce qu’ils ont éveillé comme émotions : de la nostalgie, de l’émerveillement ou une sensation d’infini.
Le soleil arrosait de lumière une multitude de monticules rocheux érigés là comme des taupinières et contre lesquels les vagues s’essoufflaient bruyamment. Cette violence chaotique de la mer et l’arrogance du petit phare qui lui résistait, bien campé sur son rocher rose, agissaient paradoxalement sur Caroline. En temps normal, ce paysage l’aurait ravie, émue même ; là, il lui donnait un inévitable goût de fin du monde.
Presque risible à force de ridicule, toute cette violence qu’elle sentait en tout : dans le vent qui se levait, dans le soleil derrière elle qui vomissait sa lave sur les nuages, dans le mouvement des vagues.
Elle était fatiguée. De se demander comment elle en était arrivée là, de chercher pourquoi elle ne se satisfaisait plus de la réalité, de savoir si elle pouvait tout réinventer.
Oraison pour une île
La mer dans mes romans, une métaphore de la liberté
Pour des générations d’aventuriers et de marins, la mer symbolise l’ailleurs, le départ, l’imprévu. Pour mes héroïnes, l’océan pousse à se réinventer, à quitter le connu ou à faire un pas de côté. Ariane, dans Un pont sur l’eau trouble, revient à Saint-Nazaire après seize ans d’absence. Là, face à la l’estuaire, les souvenirs affluent et elle essaie de reprendre le fil de sa vie, auprès d’une famille qui a évolué sans elle.
Les pensées se bousculaient dans sa tête. Son cerveau brumeux qui rechignait à aligner deux idées cohérentes lui confirma qu’elle avait besoin d’air. Le vent fouetta le visage d’Ariane lorsqu’elle déboucha sur la plage du Nez de Chien, mais l’air chaud chargé d’embruns lui redonna un peu de vivacité. De légères franges d’écume se formaient sur les vagues de l’estuaire et, de l’autre côté, les chantiers qu’elle venait de quitter continuaient de tourner.
Immuable, le Serpent d’océan était posé là, entre sable et mer, à fleur d’estran. La marée montante recouvrait tout juste les rochers et les pieds de la structure, lui donnant toute sa splendeur mystérieuse. On aurait vraiment dit un monstre sorti des eaux. Ariane s’assit sur le muret en face du serpent et laissa pendre ses jambes au-dessus du sable.
Elle ne quittait pas le Serpent des yeux, hypnotisée par la conversation silencieuse qu’elle entretenait avec l’animal fantastique. C’était comme si elle consultait un oracle ou un démiurge, même si la bête muette pour l’éternité était bien incapable de répondre à la moindre de ses questions. La seule présence du serpent l’apaisait inexplicablement, à moins que ce ne soit le son inlassable des vagues. Peut-être un peu des deux.
Un pont sur l’eau trouble
Dans Petite Mouette, la mer est le témoin silencieux d’un amour interdit, mais aussi le symbole d’une émancipation et de l’affranchissement des carcans sociaux. Quand j’écris, je pense souvent à la mer comme un espace des possibles, qui n’enferme jamais, mais autorise le doute, le changement ou l’espoir d’une vie meilleure.
Une mer porteuse d’aventures
Dans mes romans historiques, la mer n’est jamais loin non plus. Si Éléonore fuit le mariage imposé par sa famille en s’embarquant sur un trois-mâts s’apprêtant à traverser l’Atlantique, ce n’est pas un hasard. Les vieux gréements m’ont toujours fascinée et j’ai adoré retranscrire la vie quotidienne à bord d’une frégate du XVIIIe siècle dans Le Vent des Lumières.
Dans Les Lumières d’Amérique, la mer relie les continents et les destinées. Éléonore y affronte encore une fois l’inconnu, les bouleversements du monde et ses propres convictions. J’aime l’idée que la mer garde les secrets et qu’elle murmure les histoires du passé à ceux qui prennent le temps d’écouter… vous peut-être ?
L’Audacieuse filait grand vent, toutes voiles dehors, alors que le ciel brassait des effilochées de nuages dans le soleil déclinant. La houle s’allongeait sous le ventre de la frégate de douze qui oscillait en rythme en projetant des gerbes d’écume sur son passage. Les gabiers, perchés dans les vergues, attendaient les ordres du quartier-maître. L’humeur joyeuse du capitaine de vaisseau La Ferrière avait gagné tout l’équipage.
Sur le gaillard arrière, Éléonore regardait droit devant elle. Au-delà de l’horizon se trouvait l’Amérique, le pays où elle avait choisi de suivre l’homme de sa vie, Olivier, accompagnée de ses enfants. Leur fille Charlotte, du haut de ses quinze ans, se balançait en chantonnant, à califourchon sur le bout-dehors du mât de beaupré, aussi à l’aise en mer que si elle avait toujours navigué. Ce n’était pas si étonnant puisqu’elle avait été conçue sur ce même bateau, dans la rade de Saint-Domingue.
Dire qu’à son âge, Éléonore quittait sa Bretagne natale, déguisée en garçon, sur le navire du duc de Flogeac qui allait devenir son premier mari. Aujourd’hui, elle avait trente-huit ans et une révolution avait balayé la France. Tant de choses s’étaient passées en un peu plus de vingt ans ! Éléonore avait parfois l’impression d’avoir vécu plusieurs vies en une seule.
Les Lumières d’Amérique
Liberté, aventure, mémoire, renaissance : la mer porte d’innombrables émotions et c’est pourquoi elle est si présente dans mes romans. Elle incarne ce que vivent mes personnages et ce que, peut-être, vous ressentez en les lisant. La mer est comme un voyage délicieux entre ce qu’on quitte et ce vers quoi l’on tend. Si ce voyage vous parle, je vous invite à embarquer avec moi : entrez dans les Coulisses, ma newsletter d’autrice dans laquelle, deux fois par mois, je vous dévoile mes inspirations, mes projets, mes coups de coeur… Vous recevrez en cadeau le début de tous mes romans et des nouvelles inédites.
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